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Chapitre « Échanges collectifs en ligne, points de vue et approches méthodologiques » dans l’ouvrage de Gilles Monceau « Le courrier électronique… »

Réf :  Villemonteix, F. (2013). Échanges collectifs en ligne, points de vue et approches méthodologiques. In Le courrier électronique dans les pratiques professionnelles , Usages et effets en éducation, santé et action sociale (Champs social éditions, p. 112‑131). Nïmes: Gilles Monceau.

Extrait :

Introduction

Les technologies informatisées de communication en réseau offrent depuis leur origine des possibilités d’échanges écrits aux individus via des dispositifs de messagerie électronique, aujourd’hui très largement généralisés. Leur adaptation technique a rapidement élargi la vision strictement duelle, qu’elle soit professionnelle ou privée de la communication écrite par la mise en place des forums et listes de discussion permettant les échanges multipolaires, le plus souvent dans un espace réglé et régulé.

Forums et listes de discussion sont aujourd’hui le lot commun de tous les groupes d’individus réunis autour de sujets, valeurs ou intérêts communs à propos desquels ils échangent. Le rôle de ces espaces de communication écrite n’est pas neutre dans la structuration des groupes, collectifs, réseaux d’acteurs et plus généralement toute communauté en ligne, par l’ensemble des contraintes – non techniques – qu’ils exercent sur les processus de contribution et qui peuvent faire l’objet de renégociations. Dans le monde professionnel, la contribution des acteurs à des discussions collectives diffuses avec de tels outils participe de leur volonté d’engagement dans une définition sociale ou professionnelle de leur métier et de construction commune d’objets susceptibles d’être investis dans l’exercice professionnel. C’est aussi un moyen de renforcer une identité professionnelle. `

La recherche en sciences humaines et sociale a fait des groupes ou communautés en ligne un objet de recherche commun à plusieurs composantes comme la sociologie, la psychologie sociale, l’économie, les sciences de l’information et de la communication, ou encore les sciences de l’éducation. Des phénomènes complexes et particulièrement variés sont ainsi observés tels les processus de construction -ou co-construction- identitaire en ligne (Dervin & Abbas, 2009 ; Velkovska & Beaudouin, 1999), les modes de structuration stratégique des communautés de consommateurs (Benghozi, 2006) ou les phénomènes d’apprentissage social ou encore de co-production de ressources professionnelles chez les enseignants (Daele & Charlier, 2006). Ces recherches ont mise à jour des processus et ont permis d’identifier des dynamiques et des rationalités prévalant à l’adoption par les individus de ces outils de communication. Elles ont également permis de comprendre leurs modes d’utilisation, notamment les processus de régulation sociale qu’induit cette forme de communication. Un ensemble de méthodes et d’outils ont été conçus, permettant, à partir d’analyses des traces des interactions qui tiennent compte de leur contexte d’émergence, de repérer les dynamiques et les processus ciblés.

Ce chapitre s’intéresse particulièrement au rapport que les communautés professionnelles entretiennent avec ces lieux d’écriture pour communiquer et sur le rôle si particulier que les forums et listes de discussions jouent dans ces groupes en ligne qu’ils contribuent à structurer. Il apporte un éclairage général sur la notion de communauté et ligne puis fournit des éléments de compréhension sur le fonctionnement de ces outils et sur les utilisations que les communautés « en ligne » en font. Nous différencions bien dans notre propos la forme duelle d’utilisation du courrier électronique de cette forme collective d’écriture qui en est faite sur les forums et les listes. En prenant appui sur des recherches menées sur les communautés en ligne d’enseignants, il donne quelques éléments méthodologiques pour l’analyse des corpus qui se construisent progressivement sur ces lieux de partage.

Voir abstract de l'ouvrage sur le site de l'éditeur ou un résumé sur le site du projet Adjectif

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Parution du chapitre « Penser autrement la mutation des pratiques des technologies informatisées » dans l’ouvrage collectif du laboratoire EMA « École et mutations »

Réf : Villemonteix, F. (2014). Penser autrement la mutation des pratiques des technologies informatisées. In Ecole et mutation : Reconfigurations, résistances, émergences (Meskel-Cresta, Nordman, Bongrand, Colinet, Elalouf, p. 163‑172). Bruxelles: De Boeck.
Extrait :

1    Introduire les technologies en éducation, une constante ambivalence
Depuis près de vingt ans, lors des mouvements de réforme de l’école, les questions d’intégration et d’utilisation de technologies informatisées se posent selon deux angles de vue pour les institutions publiques : celui de l’impératif pédagogique et celui du projet de société. À l’occasion du projet gouvernemental de « Refondation de l’école », le numérique est présenté comme « un enjeu de connaissance et de maîtrise »  dans une perspective d’insertion réussie dans le monde moderne.
Depuis la fin des années 1990, les technologies ont été considérées comme des moyens et leurs utilisations ont été pensées sur le mode de l’usage, privilégiant l’innovation ponctuelle et la reproduction de pratiques standard avec des outils nouveaux. Ce constat renvoie à l’ambivalence d’un système qui peine à rompre avec l’ordre et l’acquis tout en ressentant le désir d’améliorer et d’innover » (Huberman, 1973). Entre volonté réformatrice et conservatisme des pratiques, les modes d’introduction des technologies dans la sphère scolaire et les mutations qui s’en sont suivies se sont jouées dans cette ambivalence.

Les systèmes informatisés de gestion et de traitement de l’information ont été à la source de mutations organisationnelles et gestionnaires de l’école (Séré, 2011). Le système a résolu une cascade de problématiques techniques, logistiques et humaines, du ministère à l’établissement, de l’établissement aux familles. Les systèmes informatisés ont modifié les modes d’interlocution, induit la création ou la reconfiguration de rôles, tel celui d’enseignants experts, innovateurs de la première heure (Villemonteix, 2011). L’école s’est progressivement réadaptée et continue insensiblement de le faire, dans une lente, mais sûre mutation.
Le constat est plus nuancé en ce qui concerne les pratiques pédagogiques. L’histoire montre que l’éducation est un domaine où une cassure nette n’apparaît presque jamais entre le neuf et l’ancien. Les processus d’assimilation (adoption de nouvelles idées ou pratiques) et d’accommodation (adaptation de structures antérieures à ces nouvelles idées ou pratiques) sont, de par leur nature, lents et graduels (Huberman, 1973). Malgré les efforts appuyés de communicants et les discours des acteurs publics et privés sur l’innovation avec les technologies, le réel résiste et les changements de pratiques restent ponctuels, contraints par de nombreux facteurs de contexte (Villemonteix, 2011 ; Béziat & Villemonteix, 2011 ; Baron & Bruillard, 1995, Daguet & Wallet, 2012).

Compte tenu de la perspective que se fixent aujourd’hui les institutions éducatives, comment penser la mutation des pratiques pédagogiques avec les technologies autrement que sur le mode de l’innovation ? Nous aborderons cette question en montrant le rôle que jouent les institutions éducatives dans les dispositifs innovants, questionnerons leur impact sur les pratiques scolaires en convoquant certains modèles d’analyse des processus en jeu. En repartant des biais du dispositif de certification de compétences informatiques, le Brevet Informatique et Internet (B2i), nous évoquerons une autre approche de la mutation de l’école à la lumière du numérique en centrant notre propos sur les technologies elles-mêmes comme porteuses de concepts, notions et savoir-faire associés.

École et mutations : Reconfigurations, résistances, émergences.

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