Parution du chapitre « Penser autrement la mutation des pratiques des technologies informatisées » dans l’ouvrage collectif du laboratoire EMA « École et mutations »

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Réf : Villemonteix, F. (2014). Penser autrement la mutation des pratiques des technologies informatisées. In Ecole et mutation : Reconfigurations, résistances, émergences (Meskel-Cresta, Nordman, Bongrand, Colinet, Elalouf, p. 163‑172). Bruxelles: De Boeck.
Extrait :

1    Introduire les technologies en éducation, une constante ambivalence
Depuis près de vingt ans, lors des mouvements de réforme de l’école, les questions d’intégration et d’utilisation de technologies informatisées se posent selon deux angles de vue pour les institutions publiques : celui de l’impératif pédagogique et celui du projet de société. À l’occasion du projet gouvernemental de « Refondation de l’école », le numérique est présenté comme « un enjeu de connaissance et de maîtrise »  dans une perspective d’insertion réussie dans le monde moderne.
Depuis la fin des années 1990, les technologies ont été considérées comme des moyens et leurs utilisations ont été pensées sur le mode de l’usage, privilégiant l’innovation ponctuelle et la reproduction de pratiques standard avec des outils nouveaux. Ce constat renvoie à l’ambivalence d’un système qui peine à rompre avec l’ordre et l’acquis tout en ressentant le désir d’améliorer et d’innover » (Huberman, 1973). Entre volonté réformatrice et conservatisme des pratiques, les modes d’introduction des technologies dans la sphère scolaire et les mutations qui s’en sont suivies se sont jouées dans cette ambivalence.

Les systèmes informatisés de gestion et de traitement de l’information ont été à la source de mutations organisationnelles et gestionnaires de l’école (Séré, 2011). Le système a résolu une cascade de problématiques techniques, logistiques et humaines, du ministère à l’établissement, de l’établissement aux familles. Les systèmes informatisés ont modifié les modes d’interlocution, induit la création ou la reconfiguration de rôles, tel celui d’enseignants experts, innovateurs de la première heure (Villemonteix, 2011). L’école s’est progressivement réadaptée et continue insensiblement de le faire, dans une lente, mais sûre mutation.
Le constat est plus nuancé en ce qui concerne les pratiques pédagogiques. L’histoire montre que l’éducation est un domaine où une cassure nette n’apparaît presque jamais entre le neuf et l’ancien. Les processus d’assimilation (adoption de nouvelles idées ou pratiques) et d’accommodation (adaptation de structures antérieures à ces nouvelles idées ou pratiques) sont, de par leur nature, lents et graduels (Huberman, 1973). Malgré les efforts appuyés de communicants et les discours des acteurs publics et privés sur l’innovation avec les technologies, le réel résiste et les changements de pratiques restent ponctuels, contraints par de nombreux facteurs de contexte (Villemonteix, 2011 ; Béziat & Villemonteix, 2011 ; Baron & Bruillard, 1995, Daguet & Wallet, 2012).

Compte tenu de la perspective que se fixent aujourd’hui les institutions éducatives, comment penser la mutation des pratiques pédagogiques avec les technologies autrement que sur le mode de l’innovation ? Nous aborderons cette question en montrant le rôle que jouent les institutions éducatives dans les dispositifs innovants, questionnerons leur impact sur les pratiques scolaires en convoquant certains modèles d’analyse des processus en jeu. En repartant des biais du dispositif de certification de compétences informatiques, le Brevet Informatique et Internet (B2i), nous évoquerons une autre approche de la mutation de l’école à la lumière du numérique en centrant notre propos sur les technologies elles-mêmes comme porteuses de concepts, notions et savoir-faire associés.

École et mutations : Reconfigurations, résistances, émergences.

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